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Découvrons... le poème érotique du week-end

Baiser - Joachim Du Bellay (1522 - 1560)


Quand ton col de couleur rose

Se donne à mon embrassement

Et ton oeil languit doucement

D’une paupière à demi close,


Mon âme se fond du désir

Dont elle est ardemment pleine

Et ne peut souffrir à grand’peine

La force d’un si grand plaisir.


Puis, quand s’approche de la tienne

Ma lèvre, et que si près je suis

Que la fleur recueillir je puis

De ton haleine ambroisienne,


Quand le soupir de ces odeurs

Où nos deux langues qui se jouent

Moitement folâtrent et nouent,

Eventent mes douces ardeurs,


Il me semble être assis à table

Avec les dieux, tant je suis heureux,

Et boire à longs traits savoureux

Leur doux breuvage délectable.


Si le bien qui au plus grand bien

Est plus prochain, prendre on me laisse,

Pourquoi me permets-tu, maîtresse,

Qu’encore le plus grand soit mien ?


As-tu peur que la jouissance

D’un si grand heur me fasse dieu?

Et que sans toi je vole au lieu

D’éternelle réjouissance?


Belle, n’aie peur de cela,

Partout où sera ta demeure,

Mon ciel, jusqu’à tant que je meure,

Et mon paradis sera là.




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